Univanap 2022 : les nouveaux chemins de la performance

Le 30 juin dernier, l’Anap a réuni 500 professionnels et décideurs de la santé pour explorer les nouveaux chemins de la performance.

Au programme, près de 50 interventions de professionnels venus pitcher leurs expériences innovantes sur le Village de la Performance. L’après-midi, une douzaine d’intervenants issus principalement d’autres secteurs pour challenger notre système de santé lors des Talks de la performance !


Le Village de la performance pour partager des retours d’expérience

Le matin, vous avez pu assister à des retours d’expérience de professionnels de terrain, sous forme de pitchs et keynotes sur les 6 espaces thématiques du Village : Finances-IA-Data, Numérique, Ressources humaines, Développement durable, Prise en charge, Parcours…


Les Talks de la performance pour prendre de la hauteur

L’après-midi, les Talks de la performance, présentés par David Abiker, ont donné la parole à des intellectuels, innovateurs et professionnels de tous horizons pour vous inspirer sur les enjeux stratégiques de la performance en santé :

Le système de santé aux prises avec l'"Archipel français"

Jérôme Fourquet (directeur du département Opinion et stratégies d’entreprises, IFOP)

"Comment l’hôpital peut-il poursuivre sa mission dans un pays
qui s’est progressivement fracturé territorialement et sociologiquement ?
"

Jérôme Fourquet est l’auteur de "L’Archipel français : une nation multiple et divisée" et "La France sous nos yeux". A partir de sa connaissance des fractures territoriales de notre pays, il a proposé de répondre à cette question cruciale.

Si deux français sur trois jugent leur région en déclin, la présence d’un hôpital et d’une offre de soins signale "que vous êtes partie prenante de l’archipel et qu’il y a une considération de la part de la puissance publique". Le système de soin - et le service public tout entier - est le ciment entre les briques et les pierres du mur : en assurant une certaine homogénéité entre les citoyens, il contient le phénomène d’archipellisation du pays.

Face à ces enjeux, Jérôme Fourquet invite à déployer de nouvelles solutions, sans aucun tabou.

Face à la "Grande démission", quelle attractivité des métiers ?

Laetitia Vitaud (Welcome to The Jungle) et Jullien Brezun (Great Place To Work)

Quelle est la réalité en France de ce phénomène, apparu aux Etats-Unis et intensifié par la crise sanitaire ? 

Pour Laetitia Vitaud, il serait plus exact de parler de "big reshuffle" : les personnes qui démissionnent ne quittent pas réellement l’emploi mais se reconvertissent ailleurs. En France, le phénomène est à la fois conjoncturel et structurel, géographique et démographique.

En 2050, les classes les plus nombreuses seront les cinquantenaires, et pourtant, ils ont peu accès à l’emploi. En France, le taux d’emploi des 55-64 ans est de seulement 56%. "Il faut aller chercher dans ces viviers, accepter de recruter des gens plus âgés qui ont du talent, de la volonté et de la motivation".

Culture de la confiance, management intermédiaire, droit à l’erreur, camaraderie : Jullien Brezun dresse, quant à lui, des pistes, issues de son expertise à Great Place To Work, pour renforcer l’attractivité et la qualité de vie au travail en santé. Il invite à repenser les processus de travail : l’accumulation de protocoles entrave la fluidité des prises en charge et crée du non-sens pour le personnel soignant.


Logiques de groupe et organisations agiles : la croisée des chemins

Jean-Marc Borello (Groupe SOS), Guillaume Desnoës (Alenvi) et Serge Papin (ex-président de Système U)

Des personnels mieux formés, dans des organisations agiles et autonomes, améliorent significativement la prise en charge du grand âge au domicile. Guillaume Desnoës est revenu sur le modèle Buurtzorg qui accorde une large autonomie aux professionnels en charge d’apporter les soins à domicile. Il a rappelé l’importance de développer les "soft skills" dans les métiers du soin, de laisser de la place à la créativité et à l’autonomie. Il appelle à faire des métiers du soin et des auxiliaires de vie, des métiers d’élite.

Concilier puissance et proximité, impact social et efficacité économique, puissance du secteur public et ingéniosité du privé lucratif : Jean-Marc Borello a présenté l’action du groupe SOS. Il illustre cette agilité à travers l’exemple des Ehpad du groupe dont le coût progressif pour les résidents permet de lutter contre les inégalités économiques d’accès au confort. Cette agilité, Jean-Marc Borello la déploie également pour répondre aux enjeux territoriaux d’accès aux soins : à travers l’installation, par le Groupe SOS, de maisons de santé à 50km de l’hôpital auquel elles sont rattachées.

A la fois "centripète" et "centrifuge" : c’est ainsi que Serge Papin, ex-président de Système U, décrit le fonctionnement décentralisé qui a fait le succès de cette coopérative de magasins indépendants. Ce fonctionnement suppose d’embarquer l’ensemble des parties prenantes avec une approche managériale résolument nouvelle. "Les dirigeants qui vont porter ce projet un peu disruptif, créatif, doivent être des médiateurs". Serge Papin invite à s’éloigner de la culture du clivage pour emprunter "des pas de côté", seules stratégies gagnantes.

Quelle voie de passage pour un système de santé économiquement soutenable ?

Nicolas Bouzou (économiste, Asteres)

"Lorsqu’on laisse de la liberté aux gens, ça marche".

Nicolas Bouzou revient sur la confiance et la liberté d’action comme "de bons régulateurs" du système de santé.

Plus qu’une augmentation des moyens, Nicolas Bouzou préconise une réallocation des ressources du système de santé : redonner sa place à la médecine de ville, poursuivre la simplification à l’hôpital, lever les rigidités et lourdeurs institutionnelles, instaurer une véritable politique de prévention... On ne saurait penser l’hôpital sans considérer le système de soin dans sa globalité : il faut repenser la médecine de ville qui ne s’est pas modernisée ce qui a des répercussions sur le système tout entier.

Au-delà de la confiance et de l’autonomie, il faut faire céder le verrou de la décentralisation et de l’expérimentation en fixant des critères de qualité et en laissant les structures s’organiser.





La data, boussole de la performance

Charles Gorintin (CTO et co-fondateur d’Alan - assurance santé)

"Si on ne le mesure pas, on ne connait pas l’impact".

Charles Gorintin explique comment le pilotage par la data permet d’assurer la bonne allocation des ressources et in fine, l’amélioration de la qualité de service rendu à l’usager et de la performance interne du système de santé.

Alan s'est inspiré du modèle Buurtzorg pour son organisation interne et fait un usage central de la data.

Les managers d’Alan accordent une grande autonomie à leurs collaborateurs qui peuvent travailler où ils veulent, quand ils veulent. Ce modèle basé sur la confiance, la transparence, la responsabilité et l’autonomie des collaborateurs est rendu possible par un usage expert des datas.

La méthode d’Alan peut inspirer un autre pilotage des établissements de santé, grâce à l’utilisation des données, notamment pour repenser les organisations et "mettre les ressources là où elles auraient le plus d’impact".

La performance : un chemin forcément durable

Gilles Vermot Desroches (Vice-Président de Schneider Electric)

"On arrive à un moment, pour l’hôpital, où la question du développement durable - et singulièrement de l’énergie - va devenir centrale."

Gilles Vermot-Desroches décrit les prochaines révolutions qui vont impacter la gestion de l’énergie pour les établissements de santé. "Jusqu’à maintenant l’énergie, on la produit très loin, on la transporte à haute tension jusque chez vous et on est sûr d’avoir l’offre qu’on veut quand on veut. Demain, à cause du climat, on la produira très différemment : le plus près possible, dans des énergies renouvelables". Cette révolution va inciter les établissements à adopter une gestion plus intelligente de leur consommation énergétique.

La question de l’énergie est omniprésente dans les établissements de santé : elle représente un coût considérable, un enjeu de satisfaction des patients, de prise en charge, de sécurité d’usage et des datas. Schneider Electric accompagne les hôpitaux dans l’automatisation des usages électriques et la réduction des pertes énergétiques. Plus largement, l’engagement en faveur du développement durable donne un sens supplémentaire aux métiers du soin et favorise une émulation entre tous les acteurs de l’hôpital.


Emprunter de nouvelles voies : paroles de mentors

Anne-Marie Armanteras (ancienne conseillère santé, handicap et personnes âgées auprès du Président de la République), Daniel Caille (président et fondateur de Vivalto Santé)

"Dans une entreprise de santé, la création de valeur économique et la création de valeur sociale sont totalement liées. L’un ne peut pas être fait sans l’autre".

Selon Daniel Caille, deux outils permettent de donner du sens et de canaliser les énergies nécessaires pour remplir la mission de soin : le concept d’entreprise à mission et la notion de partage qui doit être réinventée pour l’hôpital. Si la mission d’un établissement de santé apparaît évidente, "c’est intéressant pour fédérer les énergies d’écrire sa raison d’être". Le statut d’entreprise à mission impose également de prendre des engagements. Ce qui est important dans ces engagements, ce sont les indicateurs qui sont derrière : sociaux, environnementaux, sociétaux, économiques.

"Qu’est-ce qui nous a manqué dans les outils de la performance du système de santé en général ?" Anne-Marie Armanteras a insisté sur la nécessité de renouveler notre mesure de la performance aujourd’hui majoritairement centrée sur des indicateurs économiques et financiers. Il faut désormais mesurer l’impact sur le territoire et l’expérience du patient, profondément liée à la qualité de vie au travail des professionnels de santé qui y trouvent un sens à leur métier.

L’hybridation : une réponse aux clivages du système de santé

Gabrielle Halpern (philosophe)

 

"Est hybride ce qui est mélangé, hétéroclite, contradictoire. Autrement dit, c’est le mariage improbable, c’est tout ce qui n’entre pas dans nos cases !"

Gabrielle Halpern a fermé le bal de l’Univanap avec une présentation aussi poétique que philosophique. Elle a proposé l’hybridation pour répondre aux clivages de santé, résorber les fractures actuelles et redonner un élan collectif au système de santé.