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Vieillir dans son immeuble : le pari des villes de demain

19 mai 2026

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Comment mieux accompagner les personnes âgées qui vieillissent en milieu urbain ? Direction l'Amérique du Nord où le vieillissement de la population est aussi rapide et important qu'en Europe. La particularité ? Ce sont des blocs d'immeubles entiers dont la moyenne d'âge dépasse les 65 ans sans être adaptés ni aux besoins physiques des personnes âgées ni à leurs besoins sociaux. À New York, la solution a pris la forme de politiques encourageant le « vertical aging » (le « vieillissement vertical ») dans les immeubles ou quartiers où plus de 40 % des habitants ont plus de 65 ans.

Une solution au vieillissement urbain

En Amérique du Nord, le vieillissement de la population est un réel enjeu et touche particulièrement les zones urbaines. Et les chiffres donnent le vertige : en 2017, 1,1 million de seniors vivaient à New York avec de fortes concentrations dans certains quartiers comme l'Upper East Side ou le Queens.


Des services en faveur du maintien à domicile

À New York City, la solution a pris la forme des « zones d’habitat pour personnes âgées » (Naturally Occuring Retirement Community, ou NORC). Plutôt que de construire des nouveaux hébergements pour ces populations vieillissantes, la ville a décidé de fournir les services de maintien à domicile directement au sein de ces immeubles ou quartiers. Ainsi, 60 quartiers et/ou bâtiments urbains ont été identifiés comme des NORC, dont 36 bénéficient d’un financement du département new-yorkais en charge du vieillissement (NYC Department for the Aging).

Quatre objectifs communs aux programmes NORC

1. S'attaquer à l'isolement social en offrant des opportunités de relations sociales et de liens entre les résidents et leur communauté locale.

2. Viser à réduire les besoins de santé non satisfaits, en améliorant l'accès aux services, à l'information et aux ressources.

3. Offrir des opportunités d'engagement communautaire et civique.

4. Réinventer l'environnement physique en créant des espaces communs partagés, comme des salons ou des espaces de restauration. Ces espaces sont accessibles et l’équipe du NORC y organise des activités et des programmes qui favorisent les interactions sociales, y compris intergénérationnelles. Ils émanent des personnes âgées elles-mêmes, les impliquant dans la conception et la prestation des services.

Dans le cas du programme new-yorkais, les NORC coordonnent un large éventail de services sociaux et de santé afin de maintenir les résidents âgés à domicile. Chaque programme NORC procède à une évaluation des besoins de la population de l’immeuble ou du quartier concerné afin de déterminer quelle combinaison de services est appropriée. La réponse à ces besoins est offerte par une équipe composée a minima d’un gestionnaire de cas à temps plein et d’un professionnel de santé (0,5 ETP).


Les services prioritaires que les NORC doivent offrir comprennent : l'accompagnement individualisé, l'information et l'assistance, la gestion et le suivi des soins de santé, la réparation et l’aménagement des logements. Des services facultatifs peuvent également être proposés, comme le transport, les soins personnels, le conseil, le réconfort téléphonique ou les programmes de visites amicales, les activités de proximité, etc.


L’attribution de la gestion d’une NORC se fait dans le cadre d’un marché public. Le gestionnaire principal a pour mission de faciliter le partenariat entre les différents acteurs. Il assure la gestion du site et du budget du programme, tout en coordonnant et intégrant les services proposés. Dans la plupart des cas, cette fonction est assurée par un Ehpad (nursing home) ou une agence de soins à domicile.

Le fonctionnement des NORC : gestion et financement

L’attribution de la gestion d’une NORC se fait dans le cadre d’un marché public. Le gestionnaire principal a pour mission de faciliter le partenariat entre les différents acteurs. Il assure la gestion du site et du budget du programme, tout en coordonnant et intégrant les services proposés. Dans la plupart des cas, cette fonction est assurée par un Ehpad (nursing home) ou une agence de soins à domicile.

Plus de la moitié du budget de fonctionnement des NORC provient de fonds publics de l’État de New York. Le reste (a minima 25 %) doit être levé par le porteur de projet ou la communauté (philanthropie, contribution des structures partenaires par exemple mises à disposition d’espaces par le bailleur, etc.). Les résidents, quant à eux, continuent de payer leur loyer et contribuent aux services partagés, comme le ménage ou le transport, et financent leurs soins de manière individuelle.  

Un modèle qui s’adapte à différents types de territoires

On distingue deux types de NORC dans le vaste État de New York : 

  • Les NORC « classiques », soit des immeubles d’appartements ou des complexes d’habitation dans lesquels :
    • au moins 40 % des logements ont un occupant qui est une personne âgée ;
    • et au moins 250 des résidents sont des personnes âgées ;
    • et où une majorité des personnes âgées ont un revenu faible ou modéré.
  • Les « quartiers NORC », soit des zones résidentielles qui :
    • se trouvent dans une région non rurale dont au moins 30 % des résidents sont des personnes âgées ;
    • ou se trouvent dans une région rurale dont au moins 20 % des résidents sont des personnes âgées ;
    • et sont composées d’immeubles de faible hauteur et/ou de maisons unifamiliales et/ou multifamiliales, à condition toutefois que des immeubles d’appartements et les complexes d’habitation, y compris ceux de plus de six étages, puissent y être inclus.

Aujourd'hui, il existe donc des NORC dans de multiples contextes aux États-Unis, des zones urbaines aux zones rurales. Le centre d’innovation dédié aux NORC du University Health Network , un hôpital canadien, étudie les voies de dissémination de ce modèle à l’impact démontré. 

Des résultats probants : l’impact des programmes NORC aux États-Unis

Les programmes NORC renforcent la prévention grâce à des évaluations systématiques du risque de chute, tout en contribuant à réduire les passages aux urgences. Par ailleurs, plusieurs programmes ont démontré une amélioration de l’état de santé des résidents. Dans une NORC de New York, le bien-être émotionnel des participants a ainsi progressé de 47 %. Les effets sont également visibles sur le maintien à domicile. Une étude menée dans un programme NORC de St. Louis a prouvé qu’au cours des six dernières années, les admissions en établissement de soins de longue durée ont diminué de 2 %, ce qui correspond à 50 personnes restées dans leur logement. En outre, les résidents ayant finalement intégré un établissement l’ont fait à un âge moyen de 87 ans, soit cinq ans plus tard que la moyenne observée dans l’État du Missouri. Enfin, au-delà des bénéfices médicaux, les programmes NORC contribuent à rompre l’isolement social. De nombreux dispositifs ont ainsi permis de renforcer le sentiment d’appartenance à la communauté et d’améliorer les relations sociales, car la participation des personnes âgées fait partie intégrante du dispositif (missions bénévoles, participation à la gouvernance, à l’offre de services de leurs pairs, organisation d’activités collectives)..

NORC : quelles pistes pour la France ?

Le modèle américain des NORC propose une réponse originale au vieillissement en ville : cibler les zones où le vieillissement est le plus important et adapter des logements ordinaires où vivent déjà les personnes âgées, tout en y intégrant des services de santé, d’entraide et de vie collective.


En France, certaines démarches vont dans ce sens, et les bailleurs sociaux en sont souvent les moteurs. À Rennes, Archipel Habitat, lauréat du concours HLM Partenaires des Âgés en 2014, illustre cette dynamique. En lien avec Rennes Métropole et les autres bailleurs sociaux du territoire, l’organisme a mis en place une approche globale du vieillissement : adaptation des logements, création d’un pôle spécialisé avec référente et techniciens, personnalisation des demandes, réduction des délais d’intervention (moins de six mois), et sensibilisation des équipes sur le terrain. En dix ans, le budget consacré à ces adaptations a été multiplié par deux (voir le bilan). Des projets innovants y sont à l’étude, comme la colocation senior ou la cohabitation intergénérationnelle solidaire.


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Le vieillissement en ville : adapter les logements plutôt que de construire de nouveaux hébergements et maintenir les seniors à domicile. ©Unsplash - Ilia Bronskiy


Le développement de l’habitat intermédiaire (résidences autonomie et résidences services seniors) qui propose des formes d’accompagnement souples entre domicile classique et Ehpad vont également dans cette logique. À l’image des NORC, ces démarches favorisent le maintien à domicile, la coordination des acteurs locaux, la création de lien social au sein de l’habitat, et l’implication des locataires dans la coconstruction des réponses. 

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