Chargement

Pensées Prospectives #7 - Évolutions démographiques et leurs impacts sur le travail et la santé

02 juillet 2026

Partager l'article

Une question ?
Contactez-nous

De quoi parlons-nous ?

Evolutions démographiques et leurs impacts sur le travail et la santé


Le dernier rapport de l’INRS éclaire les effets croisés du vieillissement de la population et des dynamiques migratoires sur l’emploi et la santé.


La croissance démographique française ralentit nettement depuis 60 ans : +1% en 1961, +0,25 % en 2024. Elle repose de moins en moins sur le solde naturel et de plus en plus sur l’immigration, qui représente désormais plus du tiers de la croissance démographique. La part des immigrés dans la population atteint 10,3 % en 2022, contre 6,8 % en 1990.


La population vieillit : plus d’un Français sur deux a aujourd’hui plus de 40 ans, et un quart entre 50 et 69 ans. L’espérance de vie continue de progresser, mais plus lentement, et l’espérance de vie en bonne santé plafonne autour de 64 ans.


Ces dynamiques redéfinissent la question du travail :


  • Qui travaille ? La population active se féminise, vieillit, et s’élargit aux immigrés.
  • Jusqu’à quand ? Un tiers des actifs ont aujourd’hui plus de 50 ans, avec une santé parfois dégradée (23,5 % des 50-64 ans ont une ALD).
  • Dans quelles conditions ? Le taux d’emploi reste stable mais la précarité augmente, en particulier chez les jeunes.


Ce contexte impose de repenser la soutenabilité des parcours professionnels, l’adaptation des conditions de travail, et les politiques de santé au travail

Enjeu & Inspiration

  • Enjeu : Evolutions démographiques et mouvements migratoires.
  • Inspiration : Rapport de l'INRS

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Quelques signaux faibles…


Le maintien en emploi des seniors est possible…

Au Japon, 34 % des 70-74 ans travaillent encore. Un chiffre qui bouscule les idées reçues sur les limites d’âge au travail, dans un pays confronté à un vieillissement accéléré. (Nippon.com).


L’immigration compense déjà le vieillissement démographique

En Allemagne, la croissance de la population est entièrement due au solde migratoire. En 2022, l'Allemagne comptait 1,1 million de personnes de plus qu'en 2021. Une réalité démographique devenue un levier économique assumé (Challenges).


L’emploi des jeunes peut fortement progresser

Au Pays-Bas et en Allemagne, le taux d’emploi des 15-24 ans est respectivement de 50,4 et 75,5 %. Un contraste fort avec la France (42 %), qui montre le potentiel encore mobilisable dans cette tranche d’âge, via l’apprentissage ou l’alternance (Banque mondiale).

Deux scénarios d’évolution possibles

Face au vieillissement de la population active et à la raréfaction de certaines compétences, deux trajectoires se dessinent pour les années à venir (sans s’exclure mutuellement).


Scénario 1 : maintien en emploi réussi des plus de 60 ans


Dans ce scénario, les réformes des retraites (2032, 2041) portent l’âge légal à 66 puis 67 ans. Le maintien en emploi devient une réalité pour une majorité de travailleurs âgés, à condition que leur état de santé le permette.


Les secteurs les plus exposés aux pénuries de main d’œuvre (industrie, soins, BTP…) peinent toutefois à recruter, faute de conditions attractives ou de possibilités d’automatisation.


Trois leviers sont alors mobilisés selon le contexte :

  • Recrutement de main-d’œuvre immigrée, modulé par les politiques migratoires ;
  • Mobilisation accrue des jeunes (15-24 ans) via l’apprentissage;
  • Automatisation poussée, voire délocalisation de certaines activités.


Scénario 2 : recul du taux d’emploi des seniors


Si la santé se dégrade et les parcours restent marqués par la précarité, le maintien en emploi devient un mirage :

  • Hausse des maladies chroniques et professionnelles, arrêts longs, licenciements pour inaptitude ;
  • Répercussions directes sur les organisations : désorganisation, transfert de charge vers les jeunes ou les immigrés.


Les réponses restent les mêmes, mais davantage subies :

  • Automatisation pour pallier l’absence de main-d’œuvre ;
  • Recours accru à l’immigration et rééquilibrage des effectifs dans les secteurs en tension ;
  • Délocalisation partielle pour contourner les pénuries les plus critiques.

Quels enjeux pour les établissements et professionnels de santé ?

Les scénarios d’évolution démographique et de l’emploi prennent un relief particulier dans le secteur du soin, déjà sous tension. Voici comment ces projections pourraient se traduire concrètement à l’horizon 2050.


Scénario 1 : maintien en emploi réussi des seniors


Le secteur s’est transformé grâce à des investissements publics, une revalorisation

des métiers et une amélioration des conditions de travail :

  • 1,2 million d’ETP dans le soin en 2050, contre 830 000 en 2019.
  • Déploiement massif de la télésurveillance, des aides techniques (rails de transfert motorisés, robots logistiques), et de l’accompagnement à la mobilité.
  • Les travailleurs âgés restent en emploi grâce à des dispositifs adaptés : reconversions, tutorat, travail en binôme.
  • Pour répondre aux besoins persistants : campagnes d’attractivité vers les jeunes, recrutement ciblé de populations immigrées, et reconversion de profils masculins issus d'autres secteurs.


Scénario 2 : tensions durables, crise d’attractivité


À l’inverse, si les conditions de travail continuent de se dégrader :

  • Le secteur connaît une explosion des besoins sans moyens à la hauteur.
  • Multiplication des absences (maladies, inaptitudes), départs précoces, sinistralité élevée.
  • Forte polarisation : les établissements privés attirent les professionnels qualifiés ; le soin à domicile devient la norme pour les autres, dans des conditions dégradées.
  • Recours accru aux aidants familiaux, aux jeunes en mission (ex : SNU), et à une main-d’œuvre peu qualifiée via des plateformes.


Enjeux majeurs de santé et sécurité au travail :

  • Renforcement des TMS et RPS liés au vieillissement des patients et à l’intensification du travail.
  • Faible soutien social, manque de culture de prévention, effet domino sur la santé des plus jeunes.
  • Qualité des soins directement liée à la santé des professionnels.


Pistes d’action :

  • Déploiement de démarches éprouvées comme ALM (accompagner la mobilité).
  • Développement du tutorat, avec vigilance sur le turnover.
  • Encadrement des technologies pour éviter le solutionnisme.
  • Autonomie accrue des équipes, revalorisation concrète des métiers et reconnaissance de leur utilité sociale.

Pour aller plus loin...

Cette newsletter a proposé un focus sur les impacts croisés des évolutions démographiques, du travail et de la santé, avec un zoom particulier sur le secteur du soin.

Mais le rapport de l’INRS va bien au-delà.


Il explore également d’autres secteurs essentiels confrontés à ces mutations :

  • Le BTP, confronté à la pénibilité et à un vieillissement accéléré de sa main-d’œuvre ;
  • Le transport routier de marchandises, où la question du renouvellement générationnel est critique ;
  • L’agroalimentaire, entre automatisation et précarité persistante ;
  • Les métiers de l’informatique, où l’on observe une évolution des risques et des parcours en lien avec l’hybridation du travail.


La dernière partie du rapport propose une lecture transversale des enjeux en santé et sécurité au travail à l’horizon 2050, et identifie des pistes d’action concrètes pour anticiper, adapter et prévenir.


Découvrir le rapport

mail_newslettersocial_linkedinsocial_xsocial_youtube